harvest now decript later , risque quantique

Harvest Now, Decrypt Later : risque quantique 

Le risque Harvest Now, Decrypt Later repose sur la collecte de communications chiffrées en vue d’un déchiffrement futur. Découvrez comment prioriser la protection des données sensibles, cartographier les usages cryptographiques et préparer la transition post-quantique grâce à l’inventaire CBOM, à l’inéquation de Mosca et à la crypto-agilité.
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Harvest Now, Decrypt Later : risque quantique 

Le risque Harvest Now, Decrypt Later repose sur la collecte de communications chiffrées en vue d’un déchiffrement futur. Découvrez comment prioriser la protection des données sensibles, cartographier les usages cryptographiques et préparer la transition post-quantique grâce à l’inventaire CBOM, à l’inéquation de Mosca et à la crypto-agilité.

Harvest Now, Decrypt Later : le compte à rebours a déjà commencé

Le risque Harvest Now, Decrypt Later (HNDL), ou « collecter aujourd’hui, déchiffrer demain », introduit un décalage entre le moment où des communications chiffrées sont interceptées et celui où leur contenu pourrait devenir lisible. Un adversaire peut enregistrer du trafic dès aujourd’hui, le conserver, puis tenter de le déchiffrer si un ordinateur quantique suffisamment puissant devient disponible.

 

Cette perspective concerne particulièrement les informations qui doivent rester confidentielles pendant des années : données de santé, secrets industriels, propriété intellectuelle, échanges stratégiques ou informations de défense. Pour ces actifs, attendre la disponibilité d’un ordinateur quantique cryptographiquement pertinent, ou CRQC, peut laisser une période d’exposition impossible à corriger après la collecte.

 

Dans son article Informatique quantique : la cybersécurité va au-delà de la PQC, Bruno Prevost inscrit cette transformation dans une réflexion sur la gouvernance, la souveraineté et la résilience. Il recommande notamment de cartographier la sensibilité des données, de préparer la transition cryptographique, d’intégrer le quantique à la PSSI et aux exercices de crise, puis d’associer les juristes et les assureurs à cette préparation.

 

Le présent article prolonge cette analyse sous un angle opérationnel : comprendre le scénario HNDL, identifier les mécanismes exposés, établir un inventaire cryptographique et construire une trajectoire de migration guidée par le risque.

 

Le Q-Day est un changement de paradigme. Ce type de bascule ne se gère pas dans l’urgence opérationnelle, il se prépare en amont avec méthode. Ceux qui attendent le dernier moment ne feront pas une migration mais subiront une rupture.

Partie I — Comprendre la logique de l’attaquant

1. Ce que la forward secrecy protège et ce qu’elle ne couvre pas

 

Une session TLS utilisant un échange de clés éphémère ECDHE peut bénéficier de la forward secrecy, ou confidentialité persistante. La compromission ultérieure de la clé privée à long terme du serveur ne suffit alors pas à retrouver les clés des anciennes sessions.

 

Cette propriété repose toutefois sur la difficulté du problème mathématique utilisé pour l’échange de clés. Avec ECDHE, il s’agit du logarithme discret sur courbe elliptique. Un ordinateur quantique capable d’exécuter l’algorithme de Shor à une échelle suffisante pourrait remettre en cause cette hypothèse.

 

Dans une session reposant uniquement sur cet échange classique, un adversaire ayant conservé les éléments publics nécessaires de la négociation TLS et le trafic chiffré pourrait alors tenter de reconstruire les secrets de session. La confidentialité persistante face à la compromission d’une clé de serveur ne constitue donc pas, à elle seule, une protection contre le risque quantique.

 

Confidentialité et authenticité appellent des priorités différentes. La confidentialité d’une communication peut être compromise longtemps après son interception. Les signatures sont surtout exposées au risque de falsification dès qu’un attaquant dispose des capacités nécessaires. Les signatures à longue durée de validité, les racines de confiance, les firmwares et les mécanismes de preuve doivent également être anticipés. La validité d’archives signées dépend notamment de la conservation des preuves, de l’horodatage et des mécanismes de renouvellement.

 

La première étape consiste à relier les protections techniques à la valeur des informations et à leur durée de sensibilité. La formation ISO/IEC 27005:2022 Risk Manager proposée par DEVFORMA apporte les méthodes nécessaires pour identifier, apprécier et traiter les risques de sécurité de l’information dans un cadre structuré.

 

2. Les trois phases du scénario HNDL

 

Reconnaissance cryptographique

 

L’adversaire cherche à identifier les communications intéressantes : celles qui transportent des secrets durables et dont l’établissement de clés repose sur des mécanismes susceptibles d’être vulnérables au quantique.

Les outils d’audit classiques peuvent déjà renseigner les versions TLS, les suites cryptographiques, les certificats ou les groupes d’échange de clés, selon leurs capacités et leur version. Nmap, testssl.sh, SSLyze et sslscan illustrent cette famille d’outils. Du côté du défenseur, ces observations contribuent à l’inventaire et au contrôle des configurations.

 

Capture et conservation

 

La deuxième phase consiste à intercepter et à conserver les échanges. Elle exige un accès au trafic ainsi que des moyens de stockage et de sélection des données. Les informations nécessaires à un déchiffrement ultérieur doivent être préservées avec le contenu chiffré.

 

Les outils de capture comme tcpdump permettent d’enregistrer des paquets. Les journaux produits par des outils d’analyse réseau comme Zeek peuvent aider à qualifier les communications et leurs paramètres, mais ne remplacent pas nécessairement une capture complète des échanges.

 

Déchiffrement différé

 

La dernière phase suppose l’accès à des capacités quantiques adaptées aux primitives et aux paramètres visés. Une démonstration sur un petit entier ou une simulation ne démontre pas la capacité à casser RSA-2048 ou les courbes utilisées en production. Les deux premières phases peuvent néanmoins être réalisées avant que cette capacité de déchiffrement existe.

 

Pour une organisation, l’analyse doit relier les sources de risque, les points d’interception possibles, les données concernées et les conséquences métier. La formation EBIOS Risk Manager permet de construire des scénarios stratégiques et opérationnels, puis de définir les mesures de traitement adaptées.

 

3. Shor et la remise en cause de RSA et des courbes elliptiques

 

L’algorithme de Shor fournit des méthodes quantiques de résolution en temps polynomial de la factorisation et du logarithme discret. Ces problèmes fondent la sécurité de nombreux mécanismes asymétriques classiques.

 

Primitives classiques concernéesProblème mathématique sous-jacent
RSA, pour le chiffrement ou la signatureFactorisation d’un grand entier
Diffie-Hellman sur corps fini, DSA, ElGamalLogarithme discret dans un groupe multiplicatif
ECDH, ECDSA, EdDSALogarithme discret sur courbe elliptique

 

Augmenter la taille d’une clé RSA ou ECC peut accroître le coût d’une attaque, mais ne transforme pas ces mécanismes en solutions post-quantiques. La transition nécessite de remplacer les primitives concernées ou de les combiner avec des mécanismes post-quantiques dans une construction hybride appropriée.

 

Les estimations de Roetteler et de ses coauteurs sur les courbes elliptiques montrent également qu’une courbe à sécurité classique élevée ne doit pas être présumée plus résistante au quantique que RSA. Dans les modèles étudiés, les ressources nécessaires pour certaines attaques ECC peuvent être inférieures à celles d’attaques RSA à sécurité classique comparable. La comparaison dépend cependant des circuits, des paramètres et des compromis retenus.

 

4. Grover et les marges de sécurité du chiffrement symétrique

 

L’algorithme de Grover procure une accélération quadratique de la recherche non structurée. Dans le modèle idéal, une recherche exhaustive sur un espace de 2n possibilités peut être ramenée à un ordre de grandeur de 2n/2 opérations quantiques.

 

Appliqué à la recherche d’une clé, ce résultat conduit à examiner la taille des clés symétriques. Pour AES-256, l’ordre de grandeur idéal reste de 2128 opérations. Il faut toutefois intégrer les coûts de mise en œuvre, la profondeur des circuits, la correction d’erreurs et les limites de parallélisation : un nombre théorique d’opérations ne constitue pas une capacité d’attaque disponible.

 

La situation diffère donc de celle de RSA et d’ECC. Pour les données à très longue durée de confidentialité, AES-256 offre une marge utile à considérer dans l’analyse de risque. La sélection des paramètres doit suivre les exigences applicables au système et les recommandations techniques pertinentes.

 

Les fonctions de hachage nécessitent, elles aussi, une analyse selon l’objectif de sécurité. Pour SHA-256, la recherche de préimage reste de l’ordre de 2128 requêtes dans le modèle de Grover. Les attaques de collision soulèvent d’autres compromis de temps et de mémoire. Le risque quantique ne justifie pas de traiter indistinctement toutes les primitives cryptographiques comme si elles étaient exposées de la même manière.

 

5. Un calendrier incertain et des délais de migration bien réels

 

Il n’existe pas de date certaine à laquelle un ordinateur quantique pourra compromettre les mécanismes classiques utilisés à grande échelle. Les évaluations de ressources permettent d’étudier la faisabilité sous des hypothèses données ; elles ne prédisent pas une date de disponibilité industrielle.

Les travaux de Gidney et Ekerå, publiés en 2021, ont notamment étudié une factorisation de RSA-2048 en environ huit heures avec vingt millions de qubits physiques bruités. Dans une estimation publiée en 2025, Gidney décrit une autre construction nécessitant moins d’un million de qubits physiques et un temps de calcul inférieur à une semaine, sous les hypothèses précisées dans l’étude.

 

Ces chiffres illustrent l’évolution des compromis entre ressources et temps de calcul. Ils ne doivent être assimilés ni à une démonstration opérationnelle, ni à une échéance certaine. Les qubits physiques, soumis au bruit, doivent également être distingués des qubits logiques protégés par correction d’erreurs.

Pour les directions, l’enjeu consiste à confronter plusieurs horizons plausibles aux délais réels de leur organisation : inventaire, dépendances fournisseurs, renouvellement des équipements, qualification des solutions, tests d’interopérabilité et déploiement.

 

6. Les leçons de la cryptanalyse classique pour la crypto-agilité

 

Des candidats à la cryptographie post-quantique ont été compromis par des attaques classiques au cours du processus d’évaluation. L’attaque de Castryck et Decru contre SIDH a remis en cause la sécurité de SIKE. Les travaux de Beullens sur Rainbow ont montré une autre rupture importante concernant un schéma de signature candidat.

Ces résultats renforcent l’intérêt d’une évaluation scientifique ouverte, de choix fondés sur des mécanismes largement étudiés et d’une capacité à changer de solution. Une migration réussie doit permettre de modifier un algorithme ou ses paramètres sans reconstruire l’ensemble du système.

La crypto-agilité associe ainsi connaissance des usages, maîtrise des dépendances, procédures de changement et possibilités de remplacement. Elle concerne les architectures, les contrats fournisseurs et l’exploitation autant que les bibliothèques cryptographiques.

 

FamilleNature du risque quantiqueOrientation de préparation
RSA, DH, ECDH et signatures classiques associéesRemise en cause de la factorisation et du logarithme discret par ShorPréparer le remplacement des usages concernés et les constructions hybrides adaptées
Chiffrement symétrique, notamment AESAccélération quadratique théorique de la recherche exhaustiveRéévaluer les paramètres et les marges de sécurité selon la durée de sensibilité
Fonctions de hachageImpact variable selon la préimage, la collision et les ressources du modèle d’attaqueChoisir les fonctions et les tailles de sortie selon le niveau de sécurité recherché

Partie II — Organiser la défense et la gestion des risques

7. Prioriser avec l’inéquation de Mosca

 

L’inéquation de Mosca fournit un outil de raisonnement pour relier la durée de sensibilité des données, le temps de migration et l’horizon de la menace :

X + Y > Z

  • X désigne la durée pendant laquelle une information doit rester confidentielle.
  • Y représente le temps nécessaire pour mener la migration cryptographique.
  • Z correspond à une hypothèse de délai avant la disponibilité de capacités quantiques pertinentes.

 

Lorsque X + Y dépasse Z dans un scénario étudié, attendre augmente le risque de laisser circuler des informations dont la confidentialité pourrait être compromise pendant leur période de sensibilité.

 

À titre d’exemple, une information devant rester confidentielle pendant vingt ans et un programme de migration de cinq ans conduisent à considérer un horizon de vingt-cinq ans. Ce calcul doit être confronté à plusieurs hypothèses sur Z, puisqu’aucune estimation unique ne peut être tenue pour certaine.

 

Cette approche aide à documenter une décision et ses hypothèses. Elle doit être complétée par l’analyse de l’exposition, des impacts métier, des coûts de traitement et des contraintes de mise en œuvre.

 

Le pilotage de cette démarche relève du management des risques de sécurité de l’information. La formation ISO/IEC 27005:2022 Lead Risk Manager prépare à structurer, piloter et améliorer un programme de gestion des risques, avec des arbitrages traçables et une communication adaptée à la direction.

 

Pour approfondir l’articulation entre méthode d’analyse, gouvernance et résilience, consultez également notre article EBIOS RM au cœur du management des risques cyber.

 

8. Construire l’inventaire cryptographique avec un CBOM

 

Une organisation doit identifier ce qu’elle utilise avant de planifier ce qu’elle remplacera. L’inventaire cryptographique peut être formalisé au moyen d’un Cryptography Bill of Materials, ou CBOM. Le format CycloneDX permet de représenter des actifs cryptographiques et leurs relations avec les composants logiciels.

 

Trois angles d’observation sont complémentaires :

  • Analyse statique : code source, binaires, bibliothèques et dépendances contenant des appels à des primitives cryptographiques.
  • Analyse dynamique : mécanismes effectivement négociés ou utilisés pendant le fonctionnement des applications et les échanges réseau.
  • Infrastructures de confiance : certificats, algorithmes de signature, tailles de clés, dates d’expiration et dépendances de PKI.

 

L’inventaire doit relier les mécanismes aux applications, aux propriétaires métier, aux catégories de données et aux fournisseurs. Il doit aussi distinguer le chiffrement du contenu, l’établissement des clés et les signatures : ces fonctions n’ont pas les mêmes risques ni les mêmes trajectoires de remplacement.

Des outils de découverte, d’analyse réseau et d’analyse de code peuvent contribuer au CBOM. Leur couverture doit être évaluée : aucun relevé ponctuel ne garantit à lui seul l’exhaustivité des usages, notamment dans les systèmes anciens, les firmwares et les services externalisés.

L’inventaire devient un outil de pilotage lorsqu’il est maintenu à jour et associé aux responsables de chaque composant, aux échéances de renouvellement et aux décisions de traitement du risque.

 

9. Définir l’ordre de migration

 

La durée de confidentialité, l’exposition des communications et les contraintes techniques permettent d’établir un ordre de priorité adapté à l’organisation.

 

Protéger les secrets durables

 

Les flux transportant des informations à longue durée de sensibilité constituent une priorité dans un scénario HNDL : liaisons intersites, échanges avec les partenaires, communications de recherche ou transferts d’archives. Lorsque l’architecture le permet et après validation, des mécanismes d’établissement de clés hybrides peuvent contribuer à réduire l’exposition future.

 

Les sauvegardes et les archives nécessitent une analyse spécifique de toute la chaîne de protection : chiffrement des données, gestion et enveloppement des clés, habilitations, restauration et durée de conservation. Ajouter un échange de clés post-quantique à un canal ne traite pas automatiquement tous les risques liés au stockage.

 

Préparer les signatures à longue durée de vie

 

Les racines de PKI, les mécanismes de démarrage sécurisé, les mises à jour signées et les dispositifs de preuve peuvent rester en service pendant de nombreuses années. Leur migration doit tenir compte du cycle de vie des équipements, des capacités de mise à jour et de la conservation des preuves.

 

Planifier l’évolution de l’authentification et des usages courants

 

Les autres usages de signatures et d’authentification doivent être intégrés au programme de transformation. Leur ordre de traitement dépend de leur criticité et du temps nécessaire à leur remplacement ; une durée d’utilisation courte ne dispense pas de préparer la migration.

 

La prévention doit s’accompagner d’une capacité de réaction en cas d’interception suspectée, d’exfiltration, de compromission de clés ou de faiblesse cryptographique découverte. La formation ISO/IEC 27035 Lead Incident Manager permet de structurer les processus de préparation, d’évaluation, de réponse aux incidents et de retour d’expérience. Une réponse après incident ne peut cependant pas effacer les copies qu’un adversaire aurait déjà conservées.

 

10. Choisir les mécanismes post-quantiques et organiser l’hybridation

 

Le NIST a publié en août 2024 trois standards constituant un socle pour la transition :

  • ML-KEM — FIPS 203 : mécanisme d’encapsulation de clés dérivé de CRYSTALS-Kyber, fondé sur les réseaux euclidiens.
  • ML-DSA — FIPS 204 : schéma de signature dérivé de CRYSTALS-Dilithium, également fondé sur les réseaux euclidiens.
  • SLH-DSA — FIPS 205 : schéma de signature sans état dérivé de SPHINCS+, fondé sur les fonctions de hachage.

 

Le programme de standardisation du NIST comprend aussi des travaux sur Falcon, pour les signatures, et HQC, pour l’encapsulation de clés. Leur statut doit être distingué de celui des standards FIPS 203, 204 et 205 finalisés.

Les tailles des clés, des encapsulations et des signatures ont des conséquences concrètes sur les communications, les certificats, les temps de traitement et les équipements contraints.

 

ParamétrageClé publiqueEncapsulation ou signature
ML-KEM-7681 184 octets1 088 octets pour le chiffré d’encapsulation
ML-DSA-651 952 octets3 309 octets pour la signature
SLH-DSA, selon le paramétrage32 à 64 octets7 856 à 49 856 octets pour la signature

 

Ces paramétrages illustrent des tailles différentes ; ils ne constituent pas une comparaison à niveau de sécurité identique. Les valeurs proviennent des standards correspondants et doivent être mises en relation avec le protocole et le cas d’usage.

L’hybridation combine un mécanisme classique et un mécanisme post-quantique. Une construction correctement conçue vise à préserver la sécurité même si l’une des composantes devient vulnérable, sous les hypothèses de sécurité de la combinaison retenue.

 

L’ANSSI recommande l’hybridation et la préparation de l’inventaire cryptographique pour accompagner la transition. Elle précise également des exceptions au recours systématique à l’hybridation pour certaines signatures fondées sur le hachage. Les choix d’architecture doivent tenir compte des exigences applicables au secteur et des référentiels de l’organisation.

La distribution quantique de clés, ou QKD, désigne une autre approche, qui mobilise des équipements et des canaux physiques spécifiques. Elle ne remplace pas, à elle seule, la migration des signatures, des protocoles et des applications vers des mécanismes post-quantiques. Elle nécessite notamment un mécanisme d’authentification approprié.

 

11. Tester les implémentations et construire la crypto-agilité

 

Le choix d’un algorithme doit être suivi d’une évaluation de son implémentation. La documentation d’OpenSSL 3.5 décrit notamment la prise en charge de ML-KEM, ML-DSA et SLH-DSA. Les possibilités réelles doivent être vérifiées pour la version, les fournisseurs cryptographiques et les protocoles effectivement utilisés.

Les projets d’Open Quantum Safe contribuent à la recherche, à l’intégration et à l’expérimentation. Le choix d’une bibliothèque de production doit toutefois prendre en compte sa maturité, son périmètre d’évaluation, son maintien en conditions de sécurité et les recommandations de ses responsables.

Les tests doivent couvrir plusieurs dimensions :

  • Interopérabilité et performance : tailles des messages, fragmentation, temps de négociation, charge serveur et ressources disponibles sur les équipements contraints.
  • Protection contre la rétrogradation : empêcher qu’un attaquant force un retour vers une configuration moins protectrice que celle prévue.
  • Gestion des états : les signatures à état, comme XMSS et LMS, imposent une maîtrise stricte de l’utilisation des clés et des index, y compris après restauration ou clonage.
  • Canaux auxiliaires et injection de fautes : examiner les fuites temporelles, électriques ou électromagnétiques et les effets de perturbations selon le contexte d’exposition.
  • Capacité de changement : séparer les choix cryptographiques de la logique applicative, versionner les paramètres et tester les procédures de remplacement.

 

La résistance mathématique attendue d’un algorithme ne suffit pas à garantir la sécurité de son implémentation. Les exigences de temps constant, de masquage, d’évaluation des fuites et de protection matérielle doivent être adaptées au modèle de menace. La portée exacte d’un audit ou d’une validation doit être examinée avant d’en déduire une assurance de sécurité.

La crypto-agilité doit être testée comme une capacité opérationnelle : remplacer une bibliothèque, faire évoluer un certificat ou un mécanisme de signature, coordonner plusieurs fournisseurs et maintenir la continuité des services pendant le changement.

 

  • la première préoccupation, pour rester dans le pure numérique, réside dans les services quantiques déjà mis à disposition dans le cloud. Il est probable qu’ils soient déjà étudiés par des acteurs malveillants, ne serait-ce que pour comprendre comment les détourner pour les instrumentaliser dans une logique offensive. Le quantique n’est pas seulement une promesse scientifique, c’est un terrain d’expérimentation. Et, comme souvent, les attaquants iront d’abord là où la curiosité technique leur donne un avantage.
  • Le second effet de bord est plus subtil encore mais probablement plus dangereux car non pris en compte aujourd’hui dans la majorité des environnements cyber. Les plateformes quantiques sont tributaires d’attaques via les canaux auxiliaires : les composants physiques, les interfaces, les émissions parasites perturbant les environnements de calcul, les rayons X…

 

Ce dernier point n’est pas théorique. L’histoire des systèmes numériques a déjà montré que des particules cosmiques peuvent provoquer des erreurs de mémoire ou de calcul dans des systèmes sensibles, avec des conséquences très concrètes dans l’aviation (2025) ou dans le votes électronique (2003).

 

Le message est simple : la cybersécurité quantique de demain ne sera pas seulement une affaire de chiffrement. Elle sera aussi une affaire de robustesse physique, de tolérance aux perturbations et de maîtrise des interactions entre matériel, logiciel et environnement. Si maintenir la Cohérence, l’état, des qubit, est le challenge des ordinateurs quantiques, trouver des angles d’attaques pour forcer la Décohérence des mêmes qubits sera malheureusement le loisir de personnes mal intentionnées…Trop peu d’experts se concentrent sur ce nouveau paradigme, moins médiatisable mais de loin le plus problématique.

Intégrer le risque quantique à la gouvernance, à la gestion de crise et à la continuité

La cartographie et les choix cryptographiques doivent alimenter la PSSI, le registre des risques et les décisions de la direction. Chaque mesure de traitement doit disposer d’un responsable, d’un calendrier, de critères de réussite et d’une procédure de réévaluation.

 

Les exercices de crise peuvent explorer plusieurs scénarios : découverte d’une faiblesse affectant un mécanisme largement utilisé, indisponibilité d’un fournisseur pendant une migration, nécessité de renouveler rapidement des certificats ou suspicion de collecte de communications sensibles. L’objectif est de tester la coordination, les décisions et la communication avec les métiers, les partenaires et les autorités compétentes selon le contexte.

 

La formation ISO 22361 Lead Crisis Manager aide à préparer cette capacité de gestion de crise et à organiser la réponse stratégique. Elle complète la gestion opérationnelle des incidents en travaillant sur le leadership, la coordination et le rétablissement.

 

La transition doit également préserver la disponibilité des activités critiques. La formation ISO 22301 Lead Implementer apporte un cadre pour analyser les impacts d’une interruption, définir les stratégies de continuité et mettre en œuvre un système de management de la continuité d’activité.

 

ISO 27005, EBIOS RM, ISO 27035, ISO 22361 et ISO 22301 apportent des compétences complémentaires de gestion des risques, de réponse et de résilience. Leur application à un projet post-quantique doit être associée à l’expertise cryptographique et technique nécessaire aux choix d’architecture.

 

Quel RSSI, aujourd’hui, est formé à analyser des rayons X susceptibles de corrompre la simulation quantique de recherche d’un nouveau médicament?

Le point de vue de l’auteur

En audit, la difficulté commence souvent par l’inventaire. Les usages de RSA et d’ECC peuvent être enfouis dans une bibliothèque, un firmware, un certificat ou un service externalisé. Une organisation ne peut pas définir une trajectoire de migration fiable sans connaître ces dépendances.

 

Bruno Prevost insiste sur la cartographie de la sensibilité des données et sur l’implication de la direction. Cette vision trouve son prolongement opérationnel dans l’inventaire cryptographique : il faut relier chaque mécanisme à une information, à un usage et à un risque métier.

 

Le premier chantier consiste à savoir ce qu’il faut protéger, pendant combien de temps et avec quels mécanismes. Cette connaissance permet ensuite de prioriser les investissements, d’interroger les fournisseurs et de préparer les changements sans attendre une date hypothétique de rupture.

— H. A.

 

Il y a toutefois une différence subtile (Cf Vincent Strubel, ANSSI). L’IA augmente surtout les capacités existantes : elle accélère l’analyse, améliore la détection, automatise la recherche de motifs et amplifie les méthodes offensives existantes.

 

Le quantique, lui, peut potentiellement attaquer le problème autrement, en ouvrant l’accès à des classes de calcul qui permettent de tester de nouvelles hypothèses, de nouvelles structures et de nouvelles failles aujourd’hui invisibles aux approches classiques. La protection des attaques type « Man In the Middle » ou les distributions de clés quantique (QKD) que les technologies quantiques vont permettre de maitriser à 100% sont elles-mêmes remises en cause par des technologies de photon splitting….donc de physique quantique…

 

Pour la cybersécurité, cela change tout. D’un côté, le quantique peut aider à analyser les mathématiques des algorithmes cryptographiques eux-mêmes, donc à remettre en cause certaines bases que l’on croyait robustes.

 

Prenons l’exemple des crypto-monnaies. L’informatique quantique, conçue pour casser des problèmes mathématiques complexes et résoudre des systèmes distribués comme le many-body problem, pourrait exploiter ces capacités pour attaquer les cryptomonnaies.

 

La complexité des algorithmes et la décentralisation des ledgers sont-elles vraiment des protections, ou au contraire des cibles idéales pour la quantique? Je laisse les Experts me contredire.

Cinq actions pour engager la préparation

  1. Cartographier les usages cryptographiques dans le code, les communications, les équipements et les infrastructures de confiance.
  2. Classer les informations par durée de sensibilité et confronter les délais de migration à plusieurs hypothèses d’évolution de la menace.
  3. Prioriser les secrets durables et tester les mesures adaptées, notamment l’hybridation lorsque le contexte s’y prête.
  4. Préparer les signatures et les équipements à longue durée de vie, en intégrant leurs contraintes de mise à jour et de conservation des preuves.
  5. Construire une capacité durable de changement, avec des responsabilités, des procédures de réponse aux incidents et des exercices de continuité.

 

DEVFORMA accompagne la montée en compétences des RSSI, des équipes GRC et des responsables de la résilience à travers ses formations en gestion des risques, en gestion des incidents, en gestion de crise et en continuité d’activité.

 

Pour construire un parcours adapté à vos responsabilités et à vos enjeux de gestion des risques, contactez l’équipe DEVFORMA.

 

 

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